Le made in France

Made in France

En 2013, c’était plutôt ainsi que l’on m’a enseigné la mode

Quand j’étais étudiante à ESMOD, le discours était moins orienté sur le développement durable ou la made in France qu’aujourd’hui.

À l’époque, on recherchait plutôt qui serait le prochain styliste star dans une sorte d’attention flottante, nourrit par l’idée qu’il se révèlerai de lui même puisque ce serait, de toute évidence, un être hors norme.

Le hors norme était d’ailleurs une partie agréable de ces études. Les gens avaient tendance à trop en faire, et ils étaient libres d’exprimer leur identité, leur créativité. Les plus incompris étaient observés comme s’ils détenaient un savoir particulier. Celui de lire l’âme des sentiments et de le retranscrire avec leurs mots, la mode.

Bref, on était plutôt dans le culte de la création artistique que dans celui de la production raisonnée. C’est ce qui est intéressant mais qui, par ailleurs, fait défaut à la mode, cet aspect uniquement émotionnelle qu’on lui confère.

Émotionnel oui mais…

C’est toujours un peu le problème aujourd’hui. On connaît mieux les enjeux de la production locale, on est mieux sensibilisé d’une manière générale à l’impact textile mais…

Mais, paradoxalement, on ne souhaiterait acheter que des vêtements pour lesquels on a un coup de coeur, qui nous valorisent ou nous apporte un bénéfice émotionnel. Et cet instinct ne cadre pas avec la rationalisation de cet autre discours que l’on se tient.

Il y a donc un conflit. C’est bien normal.

Nous avons grandi en pensant que si on avait un véritable coup de coeur pour telle ou telle chose, alors ça en valait la peine, parfois. Un peu comme en amour finalement. Et cette croyance n’est pas anodine. Elle sous tend l’idée que si l’on est en capacité de distinguer l’envie compulsive de consommer au plaisir véritable de l’acquisition d’un bien, alors c’est ok. On rationalise donc son ressenti, plus ou moins, en se racontant inconsciemment une première petite histoire. Se rajoute à l’équation l’analyse du besoin, la possibilité d’achat et enfin l’impact de notre choix (made in China VS made in France par exemple). Cet enchainement de pensées aura peut-être eu raison de vous et vous passerez votre chemin.

C’est pourquoi il est si facile d’être frustré quand on parle de vêtements. Entre culture, éducation, abattage médiatique sur les impacts environnementaux en tout genre et opacité du système en général, il y a de quoi devenir fou.

On justifie par A + B nos choix en oubliant que c’est une tendance de fond qui nous a porté sur cette route

Par hasard, après mes études, j’ai rencontré quelqu’un que je considérais comme un spécialiste, et qui m’a conseillé de faire produire mes vêtements au Portugal. Une seule phrase, “c’est là-bas qu’il faut aller” et j’en ai fait une vérité. D’ailleurs, vous lirez souvent sur internet que le Nord du Portugal est un gage de qualité en terme de confection. C’est proche de la France, on peut rencontrer les gens facilement, etc.

Si, en 2015, cette tendance de fond se portaient sur le Made in Portugal, elle est aujourd’hui au Made in France, pourquoi ?

Si Paris est la capital de la mode, ça n’est pas pour cette raison que l’on choisit du made in France

L’aspect émotionnel exaltant de la mode a viré de bord et apparaît plutôt comme un rapport anxiogène à notre manière de consommer. Il y a même un terme pour cela : l’éco-anxiété. Le made in France est donc une première réponse à ce contexte.

En effet, la crise économique, l’explosion du chômage, et l’affaiblissement du tissu industriel qui ont fait prendre conscience aux Français qu’il est important de consommer local pour préserver les emplois. En plus de présenter des avantages de traçabilité et de soutien de l’économie locale. L’intérêt est aussi écologique.

L’achat Made in France est un acte citoyen

On veut redonner du sens à notre achat : savoir d’où vient le produit, comment il a été fabriqué, à qui la vente profite… C’est une tendance qui vient s’opposer à une surconsommation effrénée qui a montré ses limites : conditions de travail difficiles à l’étranger, rémunérations minimales, accidents…

Dans ce tourbillon de bien pensance que peuvent parfois être les marques éco-responsables, on pourrait craindre cependant d’adopter un comportement stéréotypé et lisse. Mais le made in France est bel et bien un acte engagé.

Que faire ?

Nous on vous conseille d’évaluer la traçabilité du vêtement que vous achetez grâce à l’étiquette. Le made in France ou Europe, pour les raison évoquées ci-dessus, c’est mieux. Gardez en tête que les directives environnementales du pays de fabrication auront une incidence directe sur la gestion de la production dont votre vêtement fait partie. Privilégiez les matières naturelles aux synthétiques, naturellement biodégradables. Vous rêver de synthétique dans votre sommeil ? Il est toujours possible de faire quelques trouvailles dans la friperie du coin. Quand vous triez vos vêtements, déposez-les dans un bac du Relais pour qu’ils soient revalorisés. Voilà, fin de l’histoire des doutes. Achetez des fringues qui vous font plaisir, toujours 🙂

Voyons si les nôtres vous font plaisir ?

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